Hongyan Pi est la grande représentante française du Mondial qui débute ce lundi à Paris. Recalée par la Chine à cause de sa petite taille, elle vise le titre dans son pays d'adoption. Pour prendre sa revanche. Mais surtout pour offrir une belle fenêtre à une discipline encore très discrète.
Hongyan, l'an dernier, vous étiez médaillée de bronze des Mondiaux et remportiez la première distinction mondiale de l'histoire du badminton français. Etes-vous fière de cette performance ?
Oui, j'étais très fière. C'est grâce à la France que j'ai pu continuer à jouer au badminton jusqu'à aujourd'hui, sinon, j'aurais dû arrêter il y a un moment. (Ndlr : Recalée pour sa trop petite taille, Hongyan est venue vivre en France et est naturalisée depuis 2004).
Votre médaille de bronze cette saison aux championnats d'Europe vous a –t-elle rassuré avant ce rendez-vous ?
Pas tout à fait car j'espérais un meilleur résultat. Etre troisième n'est pas suffisant. Mais en même temps, je sais que je n'étais pas au maximum de ma forme à cause des répétitions de blessures (ndlr : plusieurs blessures aux genoux).
Le fait de jouer cette compétition en France, à Paris, sera-t-il un gros avantage ?
Oui, car le public Français va mettre beaucoup d'ambiance à Coubertin. Il faut venir dans ce stade pour voir l'ambiance extraordinaire qu'il y aura. Ce n'est pas un sentiment que l'on peut expliquer avec des mots, c'est un moment qui se vit.
« Des victoires pour que les gens s'y intéressent »
Pensez-vous que le public sera au rendez-vous ?
Bien sûr, il est déjà très présent quand on joue ici pour les Super Séries. Je me souviens qu'il y a deux ans, j'avais eu des difficultés lors d'un match contre une Chinoise et c'est le public qui m'a sauvée.
Pensez-vous que les Mondiaux à Paris puissent être un déclic pour la médiatisation du badminton en France ?
Bien sûr, on espère que le Mondial aidera au développement du badminton en France et que dans dix ans, quand on parlera de se sport, tout le monde saura de quoi il s'agit. Faire un bon résultat sur ce Mondial est symbolique et important pour moi. Les victoires font toujours plus parler et les gens s'y intéressent beaucoup plus.
Personnellement, quel est votre objectif ?
Ma grande priorité est de remporter le Mondial de cet été. C'est important pour moi d'avoir des ambitions par saison et pas forcément à long terme. Les JO 2012, ce serait un bonus car j'y ai déjà participé deux fois.
« En Asie, le badminton est très populaire »
L'élite mondiale du volant est en grande partie composée de joueurs asiatiques. Comment l'expliquez-vous ?
En Asie, le badminton est très présent dans la culture sportive. C'est le sport le plus populaire et le plus pratiqué. Par exemple, l'Indonésien Hydayat Taufik, champion du monde et champion olympique en Asie, c'est un peu comme Zidane en France. Beaucoup de jeunes rêvent d'atteindre le haut niveau en badminton. Ils sont donc plus nombreux à avoir la persévérance et l'envie de réussir.
Malgré ce manque de médiatisation, est-ce malgré tout possible de vivre du badminton en France ?
Pour le moment, ce n'est pas évident mais ça évolue et les sponsors mettent beaucoup de moyens dans le sport. On commence à mieux gagner notre vie mais uniquement dans le top mondial. J'espère que plus tard on en vivra plus facilement, ça pourra aussi motiver les jeunes à s'orienter vers le badminton.
Vous êtes la seule joueuse de badminton connue en France. Cette situation n'est-elle pas pesante ?
Il y a des jeunes filles qui ont un bon niveau qui arrivent donc je ne m'inquiète pas pour l'avenir du badminton français. Le problème en France, c'est que la culture du badminton n'est pas assez présente et en faire un métier n'est pas une évidence. Quand les jeunes licenciés doivent faire un choix entre poursuivre des études ou entreprendre une carrière professionnelle dans le badminton, leur choix est vite fait, ils prennent les études.
Pensez-vous déjà à votre reconversion ?
Je suis en train de passer mes brevets d'Etat pour devenir entraîneur. Je voudrais travailler avec les jeunes, entraîner les jeunes filles notamment et leur donner plus d'envie, plus de confiance pour choisir notre sport et en faire une profession. J'espère que je pourrais former des futurs champions.
Sport 365, le 23 Août 2010








